Texte de l’intervention de Monsieur G. Hennebert, du 2 avril 2016, dans le cadre de la projection du film « Etre et devenir ».

Posted by on Août 29, 2016 in NEWS | No Comments

La schizophrénie et l’éducation.

Il y a plusieurs niveaux ou manifestations de schizophrénie (le mot pris au sens large).

Si la psychiatrie considère que les causes sont principalement neurologiques, il faut savoir que les neurones sont directement sous l’influence de la psyché. Aussi le psychiatre hollandais Jan Foudraine a recherché les causes psychologiques de la schizophrénie (voir Jan Foudraine, La folie qu’on enferme, le journal d’un psychiatre, Editions Flammarion, 1975, 412p.)

La psyché de l’être humain est influencée dès avant la naissance par son environnement. L’âme prenant habit dans un fœtus est directement en contact avec les émotions corporelles, la voix et les ressentis psychologiques de la maman.

L’enfant naît dans une famille et un milieu donné et va s’en imprégner,

  • ou bien il n’est pas désiré par les parents, la famille, le milieu,
  • ou bien il est désiré mais soumis à toutes les volontés et tendances de ce milieu et fait se son mieux pour être accepté et se trouver une place,
  • ou bien il est considéré comme une pâte à modeler que les parents, l’école, l’église, la société modèlent à leur image pour lui assurer une place voulue.

Ou bien il n’est pas désiré :

Il y a abandon, ou ignorance, ou non amour, ou négligence ou à l’opposé, il est totalement soumis, pliés aux volontés parentales restrictives bloquantes qui l’emprisonnent. L’enfant sent qu’il n’est pas accueilli pour lui-même, qu’il est gênant, qu’il de trop. Il est malheureux. Il va alors se créer un monde imaginaire d’amis avec qui il va pouvoir partager ses sentiments, se soulager et vivre heureux. Il pratique alors un langage crypté. C’est son mode de survie dans un milieu qui le rejette. Il s’échappe. Et si on le force à revenir à la réalité sociale, il se défend et devient agressif. Et dès lors il est jugé malade de schizophrénie pathologique et enfermé. Mais la vraie thérapie est l’écoute dans l’amour.

Ou bien il est désiré mais soumis à toutes les tendances du milieu :

C’est le cas de l’éducation classique. Il entend, tous les souhaits et exigences des adultes et s’y plie comme il le peut; il entend aussi les critiques souvent négatives du milieu, qui le blessent, et souvent réagit par des refus, des colères, des pleurs. A la longue il se forme une personnalité mitigée, s’une part soumise et insatisfaite et d’autre part active pour avoir sa part de liberté et pour être apprécié dans la vie. L’éducation classique vise à former et instruire l’enfant pour l’adapter au milieu social et le rendre utile à la société, mais le plus souvent ignorant sa nature propre, son individualité, induisant ainsi chez l’enfant une sorte de schizophrénie.

Deux alternatives :

(1) Bientôt il sent que ce qu’il vit ne le rend pas vraiment heureux, qu’il a besoin d’autre chose, que ce qu’il vit dans le concret ne le satisfait pas, mais il ne sait pas pourquoi. Il est séparé de lui, ignorant qui il est au fond et ne cherche pas à fouiller son intériorité car là au fond il sent le mal-être, l’obscur panier aux crabes. Les manifestations de cette schizophrénie inconsciente induite par l’éducation sont très diverses.

A travers ou à côté d’une profession insatisfaisante, toutes sortes d’astuces sont adoptées pour se faire reconnaître, se faire apprécier et ainsi trouver satisfaction et le sentiment d’exister, tout en fuyant sa réalité profonde…

Il arrive très fréquemment que

– des gens se consacrent aux autres, sans s’en rendre compte par recherche de reconnaissance des autres, pour se donner ainsi bonne conscience mais se fuyant eux-mêmes.

– certains recherchent le spirituel et se droguent de croyances ou de convictions spirituelles dans le mental, et crient trouver le bonheur par ce savoir, mais ne se connaissent pas de l’intérieur dans l’obscure profondeur de l’âme. C’est l’ego spirituel, et ce sont les psychothérapies théoriques, mentales.

– des gens ne cessent de parler du mal-être et des malheurs des autres, sans se rendre compte pour croire que leur propre mal-être est moindre, pour le cacher et le fuir plutôt que le sonder et le guérir.

(2) Peut-être, poussé par ce mal-être insupportable, l’enfant, l’adolescent ou l’adulte cherchera à explorer son mal-être, et sa cause. Il cherchera alors la thérapie qui le guidera vers lui-même, le moi caché qui n’est pas ce qu’il vit, le rôle qu’il joue, et à le découvrir et se guérir.

S’il remonte au passé, il se rendra compte que sa schizophrénie (l’ignorance de qui il est) a été induite en lui par son milieu et l’éducation reçue qui l’a mis sur des rails différents des siens. Ses révoltes, ses colères, ses mauvaises humeurs d’enfant prennent alors un sens, c’était les appels au secours du moi ignoré par le système.

Ou bien l’enfant est formé (formaté) à l’image des parents pour une place donnée :

 

Ou par survie, ou par fierté ou par attraction du succès des parents, l’enfant va répondre positivement aux souhaits des parents. Il accepte l’orientation, la formation, le format que les parents lui recommande vers un but donné et devient alors «le fils à papa». Il adopte les principes de vie de ses parents, en adopte la carrière ou la manière de vivre, dans l’ignorance de sa propre individualité voulue par le milieu (schizophrénie induite).

Puis plus tard, pris dans le tourbillon de faire et d’avoir, dans l’ivresse et l’orgueil du succès, il peut arrive à un point où son âme ignorée s’exprimant par le corps crie au secours, c’est le burn-out, le bore-out, la dépression, la maladie.

Ou la personne vivant cette situation ira jusqu’en fin de vie sans se poser de question, peut-être encore heureux d’une vie « réussie ».

NB. La schizophrénie pointée par le pape François est une variante de ce type. L’homme devenu prêtre par appel à se dévouer aux autres qui devenu cardinal et assis dans le confort d’un siège ministériel oublie son vrai ministère, peut dans le rôle oublier la nature profonde de son appel intérieur.

Le classement ci-dessus des effets du milieu familial, scolaire, religieux, social sur l’enfant causant en lui une ignorance de Qui il est et donc une schizophrénie induite que je dirais éducative n’est qu’une apparence de classement, car les trois situations données (en gras) peuvent s’interpénétrer dans le réel.

Un remède :

L’éducation met l’enfant hors de son chemin à lui (éducation = ex-ducere = éconduire, guider hors de) au lieu de l’avoir guidé vers son intériorité pour se découvrir de l’intérieur et découvrir son propre chemin(inducation = in-ducere).

Cette inducation a été proposée déjà depuis longtemps (voir A.S. Neill « Les enfant de Summerhill, Editions Maspero Paris, 1973, 326 p.) et appliquée plus ou moins dans l’école Decroly, Steiner, Freynet et connaît un renouveau actuel. (le film «Etre et Devenir» «Being and Becoming», film de Clara Bellar, en DVD disponible sur internet).

A lire aussi: Christiane Beerlandt (2013) La Cléf vers l’Autolibération, Encyclopédie de la Psychosomatique, Origines et solutions psychologiques de 1000 maladies. Publications Beerlandt, Lierde, Belgique, 10e édition. (Voir « Schizophrénie » p. 543-546 et « Entendre des voix » p. 705-706).

Grégoire Hennebert

thérapie tantrique.

18 avril 2016.

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